Numérique Responsable au Pays Basque : comment la Communauté Pays Basque et LaNum réinventent l’innovation au service du bien commun

Publié le lundi 2 février 2026 - NÉO NUM, Numérique Responsable

Au sein de la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB), la transition numérique responsable (NR) s’appuie sur une vision ambitieuse : faire du numérique un levier de justice sociale, de sobriété et de démocratie technique.

En tant que Directeur Général des Services, Rémi Bochard porte cette réflexion à l’échelle du territoire et travaille étroitement avec LaNum Pays Basque pour inscrire cette ambition dans des actions concrètes, notamment à travers le projet Néo Num, qui structure une dynamique collective autour d’usages plus durables.

Dans cet entretien, il revient sur les enjeux qui traversent notre rapport aux technologies, sur le rôle de LaNum dans la stratégie NR de la CAPB et sur la manière dont Néo Num peut accompagner les acteurs vers l’enclenchement d’une transformation NR.


LaNum – Que signifie, pour vous, s’engager pour un numérique responsable ?

RB – « Les nouvelles technologies brassent moult imaginaires, entre promesse de libération et menace d’une mainmise toujours plus importante sur nos vies. Nous devons comprendre comment nous raconter d’autres histoires sur les techniques numériques pour reprendre en main l’utopie qu’elles portent et pacifier notre relation avec ces outils nouveaux.

Comme l’a illustré le débat autour de la mise aux enchères des fréquences pour le déploiement de la 5G, l’articulation du numérique à la transition énergétique n’a rien d’évident. Il est pourtant possible de rendre compte de l’impact réel d’une technologie et ainsi de mettre en balance cette dernière avec le besoin auquel elle se propose de répondre. Une analyse croisée de l’impact et des besoins qui est la condition sine qua non de l’établissement d’une démocratie technique informée.

L’impact environnemental d’un terminal électronique comme l’ordinateur ou le smartphone ne se limite pas à sa consommation électrique en fonctionnement. Une notion plus complète est « l’analyse en cycle de vie » qui inclut également la fabrication, le recyclage, le traitement des déchets… Ainsi, l’électricité consommée par un smartphone durant sa « vie » ne représente que 15% de son coût énergétique total. Un des impacts environnementaux majeurs liés à la fabrication des smartphones modernes est par exemple l’utilisation de « terres rares » difficilement recyclables et dont l’extraction minière très polluante pose de graves problèmes géopolitiques et humanitaires, notamment autour du travail des enfants et des prisonniers.

A la fois « poison et remède », les technologies numériques répondent à nombre de nos attentes tout en perturbant le fonctionnement de nos sociétés. Cette ambivalence rend difficile d’identifier des prises permettant de les critiquer et de rendre intelligible leur complexité. LaNum et la CAPB portent conjointement cette responsabilité. Le débat public sur le sujet se trouve dominé par un discours techno-naïf qui méconnaît le fonctionnement des technologies numériques et leurs effets concrets sur les dynamiques sociales et par les discours techno-critiques qui dénoncent des effets systémiques sans véritablement faire émerger d’alternatives. A nous d’éclairer et d’accompagner ce débat.

Et je voudrais insister sur deux points : les jeunes, et les inégalités sociales.

La plus grande conquête sociale du dernier siècle, le temps libéré du travail, a été capté par le capitalisme numérique.  Si les écrans promettaient divertissement et liberté, ils creusent en réalité les inégalités et minent les progrès sociaux, en transformant le loisir en dépendance attentionnelle. Il faut vraiment travailler pour protéger les plus jeunes de l’aliénation numérique.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’initier une réflexion ambitieuse sur l’impact et le rôle du numérique dans notre quotidien pour sortir de l’ornière où nous sommes enfermés, ne plus subir le pire de ce qu’il peut produire et valoriser le numérique que nous voulons, inscrit dans un horizon désirable, capable de se mettre au service d’un projet de société qui place la justice sociale, le développement durable, l’inclusion et l’émancipation des individus comme valeurs cardinales.

S’engager pour un numérique responsable, c’est concilier innovation et sobriété. Cela implique de réduire l’empreinte environnementale des usages, garantir l’inclusion numérique et promouvoir des pratiques éthiques. C’est une démarche collective qui vise à rendre le numérique « utile, utilisé et utilisable » à tous, en cohérence avec les valeurs de notre territoire. »

LaNum – Comment travaillez-vous avec votre Agence du Numérique LaNum Pays Basque ? Comment LaNum accompagne la CAPB au jour le jour dans sa Stratégie Numérique Responsable ?

« Je pense que nous devons œuvrer pour mettre en œuvre une stratégie collective pour que les développements numériques soient réellement au service de la transition écologique planétaire et non pas un déport géographique des émissions ou des accélérateurs du changement climatique. Dans un contexte de crise écologique annonciatrice de contraintes naturelles inédites, nécessitant des réponses au moins partiellement techniques, il est important de se doter d’un processus de démocratie technique informée se donnant les moyens de faire appliquer ses décisions, tout spécialement sur la question du numérique. LaNum porte cette ambition de démocratie technique informée. Elle est fondamentale pour cela.

LaNum (accompagné par le cabinet Terra Num) est un partenaire clé : elle nous a accompagné dans l’élaboration de la Stratégie Numérique Responsable en apportant expertise, outils et animation territoriale (séminaire de mars 2024). LA Num, nous aide à déployer des actions concrètes pour sensibiliser, cartographier les acteurs NR, former et expérimenter des solutions durables (commun numérique), afin que la CAPB soit au rendez-vous de cette transition numérique et démocratique.

Dans le cadre de la mise en œuvre de notre stratégie NR, La Num est chef de projet sur l’engagement, « Capitaliser et mettre en valeur l’expertise des acteurs du Pays Basque ».

Mais également contributeur sur 6 des 16 engagements de cette dernière. »

LaNumPour vous, qu’est-ce que le projet Néo Num va apporter au territoire et/ou aux usagers ?

« Néo Num crée une dynamique collective en proposant des méthodes et des ressources ouvertes pour tous les acteurs. Il favorise la montée en compétence, l’innovation responsable et la mutualisation des bonnes pratiques. À terme, il permettra d’accélérer la transformation numérique durable du Pays Basque et d’offrir des services plus sobres et inclusifs aux usagers.

Cette démarche va au-delà de notre stratégie NR qui couvre le territoire du Pays Basque, cela mettra en avant l’implication de notre territoire sur ce sujet.

Il sera ainsi essentiel de donner de la visibilité aux alternatives, au premier rang desquelles les communs numériques. Ces ressources produites et gérées par des communautés, à l’image de l’outil de cartographie OpenStreetMap ou de la base de données permettant de répertorier les produits alimentaires OpenFoodFact, sont autant de productions ouvertes et collaboratives qui contribuent à la libre circulation de la connaissance en contexte numérique.

Toutefois, pour émerger et se poser en alternative, ces projets collectifs ont impérativement besoin d’être protégés et accompagnés pour ne pas faire l’objet de prédations. Sur ce plan, l’exemple de la plateforme de participation Decidim est particulièrement instructif. Le projet a d’abord été porté par l’équipe de la maire de Barcelone Ada Colau, soutenue par Podemos, afin de coordonner le processus participatif de rédaction du Plan d’action municipal (PAM) qui regroupe les grands engagements pour la mandature. Il a donc été initié par une institution, qui a apporté le financement nécessaire à son lancement avant d’ouvrir sa gouvernance aux acteurs de la société civile, dans l’objectif d’en faire un commun numérique doté d’un contrat social propre, qui engage ses contributeurs à utiliser l’outil pour mettre en place des démarches favorisant l’ouverture et la transparence de l’action publique.

En France, les initiatives en faveur des communs portées par le programme Société numérique (SoNum) de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) suivent le même mouvement : lancer des dispositifs au service des acteurs de l’inclusion et de la médiation numériques en réunissant l’ensemble des outils et ressources produites par et pour le secteur. La démarche de partenariat public-communs qui sous-tend ce genre d’initiatives doit encore être explorée et débattue pour être institutionnalisée de manière efficace.

Encourager la diversité et promouvoir un numérique inclusif implique également de porter attention à la manière dont sont formés les acteurs du numérique. Les initiatives visant à sélectionner des publics différents, ouverts à aux problématiques de société de notre époque, se multiplient. En apprenant le code à des migrants, des femmes ou des personnes issues de quartiers populaires, les structures comme Simplon, Social Builder, le réseau Grande école du numérique, l’école 42 et d’autres transforment peu à peu ce visage de la « tech ».

Tous ces exemples sont inspirants, et j’ai une grande satisfaction de voir LaNum s’engager dans l’exploration de ces démarches. »


Comme le rappelle Rémi Bochard, la transition vers un numérique responsable ne peut se réduire à des ajustements techniques. Elle demande de comprendre les impacts, de protéger les communs numériques et de donner à chacun les moyens de participer aux choix qui façonnent notre quotidien.

En créant une dynamique collective et en accompagnant la montée en compétences des acteurs, Néo Num pose les bases d’une transformation durable et partagée. Une démarche qui prolonge et amplifie la stratégie NR de la CAPB et qui positionne le Pays Basque comme un territoire moteur au service du bien commun.

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